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Marie Chouinard

Marie Chouinard, danseuse, chorégraphe et administratrice (Québec, 14 mai 1955). Figure de proue de l'avant-garde, Marie Chouinard commence sa carrière comme artiste multidisciplinaire avec une série de courts sketches comme Cristallisation (1978), dans lequel elle laisse tomber des œufs crus, et Danse pour un homme habillé de noir et qui porte un revolver (1979). À ses débuts, sa réputation se nourrit de sensationnalisme. Elle flirte avec le scandale dans des œuvres comme Danseuse-performeuse cherche amoureux ou amoureuse pour la nuit du 1 juin (1981), au cours de laquelle elle se vend aux enchères, Petite danse sans nom(1980), dont une scène, où elle urine, lui vaut d'être bannie du Musée des beaux-arts de l'Ontario ou encoreMarie Chien Noir (1982) qui comporte une scène de masturbation.

Chouinard est une habituée des scènes du monde entier, de Moscou à Singapour et de Calgary à Kyoto. Ses œuvres sont tellement demandées qu'elle scinde fréquemment sa compagnie surchargée et son répertoire pour répondre aux engagements, permettant ainsi à des équipes de sa troupe de jouer aux quatre coins du monde.

Montréalaise, Chouinard a vécu et étudié à Berlin, à Bali et au Népal. En 1981, elle est la première à occuper le studio du Québec à New York mis à la disposition des artistes par le gouvernement du Québec. Ses vidéos et productions télévisées comprennent Les solos 1978-1998 (1999) et Le sacre du printemps (1995), des vidéos d'Isabelle Hayeur, Performance (1982), une production du réseau autrichien ORF, mettant également en vedette Laurie Anderson, Robert Wilson, Trisha Brown, Simonne Forti et Marina Abramovic, et Cantiques nos 1 et 2 (2003). Elle participe à deux films :Corps à corps, réalisé par Jean-Claude Burger (Québec, 1998), et J'aurais aimé vous voir danser, madame Akarova, réalisé par Michel Jakar (Belgique, 1999).

Chouinard est une iconoclaste fascinée par les rituels. Pour elle, la danse est un art sacré où le corps s'installe comme un matériau extraordinaire doté d'une force spirituelle qu'il faut célébrer. Nombre de ses œuvres de jeunesse impliquent une maîtrise musculaire particulière, p. ex. pour émettre des sons gutturaux évoquant des bêtes de la mythologie dans Drive in the Dragon, S.T.A.B. (Space, Time and Beyond), en 1986, et L'Après-midi d'un faune (1987). En tant que danseuse solo, Chouinard figure parmi les meilleurs artistes expérimentaux au monde.
En 1990, elle fonde La Compagnie Marie Chouinard et crée Les trous du ciel, œuvre dans laquelle un clan d'êtres fictifs mi-humains mi-animaux exécute des « chants de gorge ». Suit Le Sacre du printemps (1993), la première œuvre de Chouinard créée à partir d'une partition musicale (de Stravinski). Ces deux œuvres sont présentées en France, en Belgique, en Hollande, aux États-Unis et partout au Canada. Le Sacre fait ses débuts avec un orchestre complet à Taipei (Taiwan) en 1994. Il est aussi exécuté avec l'orchestre du CENTRE NATIONAL DES ARTS en 1996.

L'Amande et le Diamant, troisième œuvre réalisée par sa compagnie, met en scène cinq duos homme/femme à divers stades de l'extase charnelle. Cette œuvre, moins critiquée pour son imagerie que pour ses longueurs, est présentée pour la première fois au Festival Danse Canada, à Ottawa, sur une musique originale de Rober Racine, collaborateur de longue date de Chouinard. Quelques mois plus tard, une version légèrement remaniée sort à Montréal, qui comporte une nouvelle musique de Luciano Berio.

Chouinard reprend ces trois œuvres de sa compagnie dans Trois Fois Marie Chouinard, qui est présenté pendant trois semaines au début de 1998. Elle adopte le même format pour Les Solos 1978-1998, une présentation chronologique de ses solos les plus personnels et de deux nouvelles œuvres dansées par des membres de sa compagnie. Malgré sa durée (trois heures), Les Solos connaît un succès populaire au point de voir dix représentations s'ajouter à la série à Montréal. Fait exceptionnel, Trois Fois Marie Chouinard et Les Solos sont présentés en tournée séparément et simultanément.

Les 24 préludes de Chopin (1999) et Le Cri du monde (2000), chorégraphiés par Chouinard pour sa compagnie, sont les favoris de la critique et du public. En 1999, elle crée un solo, Des feux dans la nuit, pour un puissant danseur de la compagnie, Elijah Brown. Elle chorégraphie également, en 2001, Étude #1 pour Lucie Mongrain. Chouinard reçoit souvent des commandes de chorégraphie d'artistes indépendants. Ses œuvres sont reprises dans le monde entier.

Depuis 2000, Chouinard vise de nouveaux horizons et présente des chorégraphies encore plus mystérieuses, pénétrantes et raffinées. La série Cantique (deux films et une installation interactive de 2003 et 2004 montrant la transformation des visages de deux danseurs) semble être inspirée de sa magnifique Chorale (2003), dans laquelle vingt danseurs présentent sa vision unique de la sexualité et de la divinité, avec la voix et le mouvement poussés à leur extrême.

En 2005, bODY_rEMIX/les vARIATIONS_gOLDBERG, inspiré des dessins et des poèmes de l'écrivain belge Henri Michaux et adapté aux Variations Goldberg, de Glenn GOULD, montre un tout nouveau monde de mouvements assistés - ou entravés - par différents types de prothèses. La Compagnie Marie Chouinard remporte le PRIX GÉMEAUX de 2009, qui souligne la meilleure performance dans un programme ou une série des arts de la scène pour une version filmée comprenant des béquilles, de la corde, des prothèses, des barres fixes et des harnais. Encore aujourd'hui, la compagnie de Chouinard est invitée à se produire aux plus grands festivals internationaux de danse et les critiques cherchent toujours de nouvelles façons de formuler leur enthousiasme à la sortie d'une de ses nouvelles productions. Orphée et Eurydice (2008) est encensée par la critique.

Après vingt ans d'absence sur scène, Chouinard fait un retour inattendu en 2009 dans morning glories, un nouveau solo qui est présenté à guichet fermé l'année suivante à la Biennale de Venise.

L'année 2010 est marquée par plusieurs réalisations de la compagnie de Chouinard. Elle remporte le Prix du mérite artistique de l'Imperial Tobacco « pour sa quête constante d'innovation et d'originalité ». Elle crée Le nombre d'or (Live). Carole Prieur, une danseuse qui collabore depuis plusieurs années avec la compagnie et qui interprète fréquemment des chorégraphies solos au début de la carrière de Chouinard, est nommée danseuse de l'année par Tanz, un magazine prestigieux allemand. Deux chorégraphies de Chouinard sont dansées par d'autres compagnies. La troupe São Paulo Companhia de Dança achète les droits de Prélude à l'après-midi d'un faune, et 24 Préludes de Chopin est adaptée pour dix-sept danseurs du ballet national du Canada.

En 2007, des subventions fédérale et provinciale s'élevant à 2 millions de dollars permettent à La Compagnie Marie Chouinard de s'établir dans un lieu bien à elle. Les nouveaux studios occupent une ancienne bibliothèque reconvertie du quartier branché du Plateau-Mont-Royal, au cœur de Montréal.

Chouinard reçoit des distinctions, dont le prix Jacqueline-Lemieux (1986), le prix Jean A. Chalmers pour la chorégraphie (1987), le prix Paper Boat (1994, Glasgow), le New York Performance Arts Award (Bessie) en reconnaissance de ses réalisations (2000), le Prix du Centre national des Arts (2003) et le Grand Prix du Conseil des arts de Montréal (2007). Elle est nommée Officier de l'ORDRE DU CANADA en 2008. Deux ans plus tard, le jour précédant le 20ième anniversaire de la compagnie, elle reçoit le Prix Denise-Pelletier décerné par le gouvernement du Québec pour le travail remarquable d'un artiste œuvrant sur la scène internationale. Également en 2010, les éditions du passage publie la monographie Compagnie Marie Chouinard.
Toujours fidèle à son inspiration, à la poésie du corps, à ses silences et à ses respirations, Chouinard continue à enrichir son œuvre, qui compte plus de 50 chorégraphies uniques en leur genre, utilisant outre son humour singulier, la sexualité ainsi qu'une construction et une interprétation minutieuse.

En 2012, le gouvernement français remettait à Marie Chouinard l'insigne de chevalier dans l'Ordre des Arts et des lettres. Cette récompense venait accompagner la présentation en France du spectacle The Golden Mean(Live), une oeuvre d'importance qui, à la manière si particulière de la chorégraphe, vient explorer et réinventer les sens.

Source : L’encyclopédie canadienne

ADN culturel de Marie Chouinard