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Serge Fiori

Fiori, né le 4 mars 1952 à Duvernay-Laval (Québec), est originaire de la communauté italienne de Montréal, dans le quartier dit de la Petite Italie. A l’âge de quatre ans, il chante déjà pour le groupe de jazz de son père, Georges Fiori, un orchestre de bal populaire se produisant à l’occasion de soirées privées et de diverses festivités. Autodidacte, à 12 ans il maîtrise les bases de la guitare et dès 15 ans il se produit dans les clubs et les bars de la région, toujours avec l’orchestre de son père, commençant plus ou moins à gagner sa vie par la musique.

Le groupe Harmonium naît en 1972 de la rencontre entre Serge et Michel Normandeau. Ce dernier, passionné de théâtre, projette de monter sur scène une pièce écrite par un ami d’enfance, Claude Meunier, future étoile de la scène comique québécoise des années 70 et 80. Il propose à Serge de composer la musique. La séparation entre Meunier et Normandeau (qui étaient co-locataires) mettra un terme au projet initial; et Fiori vient s'installer avec Michel. Michel Normandeau pratiquant également la musique (guitare, accordéon et dulcimer), ils commencent tout les deux à composer quelques chansons en anglais.

Le groupe trouve sa structure définitive en 1973 avec l'arrivée de Louis Valois à la basse et prend le nom d'Harmonium. Ils passeront l'été a se produire dans des « boîtes à chansons » (telles Chez Dieu, l'Évêché, l'Iroquois ou le Patriote de Montréal), très répandues au Québec à cette période.

C’'est la maison de disque Quality qui accepte de signer Harmonium en lui laissant une totale liberté artistique. Le groupe entre donc en studio début 1974 et enregistre son premier album (en quatre jours seulement, à la demande de leur producteur !), intitulé Harmonium, qui sort en avril de la même année. Cette œuvre de jeunesse peut sembler bien éloignée des canons progressifs les plus familiers, et surtout à mille lieues de l’exubérance virtuose dont faisaient preuve au même moment les ténors de la scène. Ce disque est aussi caractérisé par une absence quasi totale de toute amplification électrique ou de quelque sonorité synthétique que ce soit.

Harmonium retourne en studio pendant l’hiver 1975, à Montréal, pour enregistrer ce qui deviendra sans doute son album le plus fameux, plus souvent désigné par le nom Les Cinq Saisons que par son titre original à rallonge : Si On Avait Besoin D’une Cinquième Saison. L’état d’esprit communautaire qui caractérise alors la formation permet à cette occasion l’adoption de nouveaux musiciens : c’est ainsi que Pierre Daignault, ancien membre du groupe Infonie (formation mythique du tout début des années 1970, mélangeant rock, jazz, classique, chanson, poésie, mime, danse et théâtre dans un amalgame des plus extravagants), et Serge Locat, ex-membre de Nécessité, viennent se greffer au line-up originel pour accroître son répertoire instrumental, en se chargeant respectivement des instruments à vent (flûtes, saxophones et clarinettes) et des claviers (piano, Mellotron et synthétiseurs). L’un des éléments les plus marquants de cette nouvelle alchimie instrumentale procède moins d’une adjonction que d’un étonnant ostracisme : aucun batteur ne complète en effet la formation, pas la moindre percussion si l’on excepte les… cuillères, sur le célèbre « Dixie ».

1976 sera l'année des remaniements du groupe. Michel Normandeau décide en effet de quitter la formation au milieu de l’année, départ suivi par celui de Pierre Daignault. En compensation, le groupe accueille dans ses rangs le guitariste électrique Robert Stanley, le batteur Denis Farmer. Harmonium décide en outre de choisir un nouvel impresario, Paul Dupont-Hébert, en lieu et place du vétéran des premières heures, Yves Ladouceur. Sous la direction de Paul Dupont-Hébert, c’est la compagnie CBS (l’actuelle Sony Music) qui va hériter du gros lot, et produira le futur double-album du groupe, alors en pleine composition.
En juin 1976, le groupe participe au spectacle OK Nous V’là !, organisé sur le Mont Royal à l’occasion de la Fête Nationale québécoise aux côtés de Beau Dommage, Octobre, Contraction, Raoul Duguay et Richard Séguin.

La même année le groupe se lance dans l'enregistrement de l’œuvre la plus ambitieuse de son répertoire : Heptade. L’une des contributions les plus importantes à cet enregistrement viendra toutefois de l’extérieur du groupe : outre les talents de chanteurs de Pierre Bertrand, Richard Séguin et Estelle Sainte-Croix, qui viennent renforcer les chœurs à côté de Monique Fauteux, Harmonium fait en effet appel à un compositeur-arrangeur d’obédience classique, Neil Chotem. L’Heptade, comme son nom l’indique, est entièrement centrée autour du chiffre sept: sept chansons, donc, illustrant sept niveaux graduels de conscience. Fin 1977 le claviériste Serge Locat est remplacé par Jeffrey Fisher.

Cette expérience, couronnée de deux Félix à la première édition du Gala de l'ADISQ, en 1979: Meilleur album de l'année et Meilleur groupe de l'année, tourne court. Plutôt que de reprendre la spirale des tournées sans fin, les deux musiciens retournent à des sentiers plus paisibles. Richard s'affairant à préparer un premier album en solo, Serge s'offre un repos plus que mérité et opte pour l'apprentissage des nouvelles technologies de studio.

Le musicien-réalisateur oeuvre pourtant en se tenant à l'écart des projecteurs, son nom ne refaisant surface qu'occasionnellement. En 1990, paraît "Changement d'adresse", album de Nanette Workman dont il signe ou co-signe les chansons et assume la réalisation. Les deux artistes y chantent ensemble le titre "Ballons percés". La même année, Fiori compose la musique du film Une histoire inventée, du réalisateur André Forcier. Suivront quelques années de grande discrétion, loin du domaine de la musique pop. En 1995, il rend un hommage fort pertinent à son père en réalisant le DC "Orchestre Georges Fiori, avec Perry Canestrari". À la même époque, on retrouve aussi le nom de Serge Fiori en compagnie de celui de Peter Keogh sur la pochette de l'album "Shiva", à tendance nouvel âge.

Le nouveau siècle semble inspirer encore plus fortement le réalisateur qui s'implique dans une grande diversité de projets. Citons l'enregistrement des albums "Les deux pieds sur terre" de l'auteure-compositrice-interprète Majoly, paru en 2003 et celui marquant l'aboutissement de l'émission "Les pourris... de talent", sur la chaîne Musique Plus, qui donne un premier élan aux artistes Pascale Picard, 3 gars su'l sofa, Érik Mongrain, Les Chiens Sales, The Hot Springs et Marie-Michèle Rivard, deux ans plus tard. Parallèlement, il s'affaire au mixage et à la gravure des albums de Nanette Workman "Mississippi Rolling Stone" et de Muna Mingole "Dipita".

C'est également en 2005 que prend forme l'idée de souligner, avec la collaboration de jeunes artistes qui ont renouvelé le visage de la chanson et de la musique des dernières décennies, tout l'apport que l'auteur-compositeur, réalisateur, interprète et producteur a eu sur le visage musical du Québec. "Fiori - Un musicien parmi tant d'autres" voit le jour au printemps suivant, bientôt suivi d'un spectacle du même nom, dans le cadre des FrancoFolies de Montréal, le 9 juin 2006, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, en présence de l'artiste célébré. On y trouve des reprises plutôt fidèles: "Aujourd'hui, je dis bonjour à la vie" par Marc Déry, "Un musicien parmi tant d'autres" par Boom Desjardins et lesingalong collectif dans "Ça fait du bien"; d'autres sont réellement surprenantes: "Che la vita (Dixie)" par Marco Calliari, "L'exil" ou la "Folle de nuit" rock à la façon d'Éric Lapointe et la finale de "100 000 raisons" par Mes Aïeux. Ailleurs, les sonorités du banjo et du violon donnent une couleur country à l'interprétation de "Pour un instant" par Catherine Durand tandis que l'alliance entre pop et baroque donne une toute autre dimension à la reprise de "Viens danser" par France D'Amour. Quelques pièces d'archives complètent le tout, soit le "Duodadieu" que Fiori et Diane Dufresne avaient partagé sur l'album "Maman si tu m'voyais" en 1977 et une reprise de "Un musicien parmi tant d'autres" par la diva du pop à la même époque.

Sitôt la promotion de l'album et les célébrations terminées, le musicien retourne à la composition, étant approché pour la création de la bande sonore du film "Babine", basé sur les récits du conteur Fred Pellerin. Il est aussi question d'un nouvel album de Serge Fiori dans un futur prochain et d'une nouvelle collaboration avec Nanette Workman. Contrairement au couplet de la chanson, «le musicien n'a pas fait son temps!» tant un artiste de cette trempe s'inscrit généralement dans le coeur de son peuple, en dehors des modes.

En avril 2013, Louise Thériault, une psychothérapeute qui a partagé un peu sa vie avec Serge Fiori, a publié «Serge Fiori: s'enlever du chemin». Il s'y révèle comme rarement auparavant, acceptant plusieurs entrevues avec les médias. Il parle franchement de problèmes de santé reliés à un bad trip à cause d'une capsule de drogue qui l'a jeté dans un coma à l'adolescence. Il avoue aussi souffrir d'un dérèglement au niveau du cerveau qui lui font vivre de difficiles périodes d'anxiété. Enfin, il reconnaît avoir vécu des problèmes d'alcool, réglés depuis. Il s'apprêterait à lancer un nouvel album pour lequel il aurait déjà 10 chansons en chantier.

Source : Québec Info Musique

À la rencontre de Serge Fiori