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invités

Robert Charlebois

"Robert Charlebois est de passage dans nos studios pour parler de son nouveau spectacle Avec tambour ni trompette, présenté du 27 au 30 octobre au La Tulipe. L'infatiguable Charlebois sera entouré sur scène de 3 musiciens qui joueront d'une quarantaine d'instruments. Sébastien Diaz en profite pour faire un bilan de sa longue carrière. et pour faire le tour de ses opinions sur la nouvelle génération d'artistes, sur le Québec et ... le fédéralisme. Rien de moins!
Biographie: Il fut le premier Garou et demeure l'unique Super Frog du rock et de la chanson au Québec. Véritable icône du milieu musical, Robert Charlebois garde intacte sa passion pour les notes et les mots depuis le milieu des années soixante. Quel que soit le genre musical abordé, le traitement appliqué demeure aisément identifiable, au cours des ans. Déclaré Révélation de l'année dès son premier album, paru en 1965, ce n'est vraiment qu'en 1968, avec la chanson ""Lindberg"" et le spectacle l'Osstidcho, un happening iconoclaste multidisciplinaire, qu'il se fait remarquer du grand public et surtout de la jeunesse qui voit en lui un porte-parole idéal, par son éclat et son anticonformisme. Au Québec, le branle-bas musical qu'il suscite est au coeur d'une révolution musicale qui sonne le glas de l'ancienne polarisation yé-yé versus chansonniers (c'est d'ailleurs le thème d'un des spectacles qui ont précédé l'Osstidcho) et, à travers un itinéraire temporairement underground, la naissance d'une nouvelle chanson pop débarrassée de ses complexes. Des textes en joual et des arrangements musicaux à mi-chemin entre le rock et le jazz en font un produit qui se démarque de tout ce qui a existé avant lui. Il y aura donc l'avant et l'après Charlebois.

Nous sommes à l'heure de Sgt. Pepper, de mai 68 et de la Crise d'Octobre et rien ne sera plus jamais pareil... Au plus fort des années dites de contre-culture, on le retrouve sur tous les fronts: cinéma (Jusqu'au coeur, À soir on fait peur au monde), revues musicales thématiques (Terre des bums, Peuple à genoux et le bide Superarchipelargo), télévision (délirant spécial tourné à l'Île d'Orléans, dans les décors de la série D'Iberville, en compagnie de Tex Lecor, Nanette et les Sinners) sans oublier la scène où il défie les conventions établies. Outre les diverses incarnations de l'Osstidcho (... King Size, ... meurt), la participation de la tribu Charlebois au Musicorama de l'Olympia de Paris, au printemps 1969, où il partage l'affiche avec Antoine et Georgette Plana tout comme l'épopée du Festival Express, supposé traverser le Canada en train avec à son bord une véritable arche de Noé (dont les groupes Grateful Dead, The Band, Mashmakhan et des gens comme Buddy Guy, Eric Andersen, sans oublier Janis Joplin) mais qui se contentera de trois escales, sont depuis longtemps entrés dans la légende.

Artiste dérangeant, il n'en est pas moins un ambassadeur du Québec moderne et ne cesse de récolter les prix et récompenses tant chez lui qu'à l'étranger, notamment à Spa, en Belgique, et à Sopot, en Pologne. Au début des années soixante-dix, après quelques années de ce régime survolté, il effectue une réflexion sur lui-même et sur son métier de superstar qui se résume fidèlement dans la chanson ""Ordinaire"". Cette période de réorientation est aussi marquée par la création de ses propres maisons de production et d'édition: Solution et les Éditions Conception. Maintenant accepté par tous les intervenants du monde artistique, il représente la génération montante au spectacle d'ouverture de la Superfrancofête le 13 août 1974, événement immortalisé sur l'album ""J’ai vu le loup, le renard, le lion"", aux côtés de Félix Leclerc et de Gilles Vigneault. Trois générations, trois façons de voir la société québécoise qui se rejoignent pourtant dans les aspirations d'un peuple en quête de son identité.

Sentant remonter à la surface ses élans de comédien (il avait déjà participé entre autres à quelques téléromans), il tourne bientôt dans une co-production internationale: Un génie, deux associés, une cloche de Sergio Leone. Il poursuit alors une carrière internationale, amorcée vers 1969 à l'Olympia de Paris, mais dorénavant dans un autre registre. Il navigue maintenant aux confins de la Variété qu'il revendique comme un art à part entière, reprenant sur scène le standard de Hoagy Carmichael, ""Stardust"" sous le titre ""Poussière d'étoiles"".

À partir de ce moment, il mène sa barque à sa guise, dégagé des trop lourdes attentes de ses fans. Cependant, malgré sa curiosité artistique et ses incursions dans divers styles musicaux, il demeure fidèle à ce qui forme désormais son univers, comme en témoignent ""Le p'tit bonhomme gris"", un hommage à son compère Philippe Gagnon, ou ""Le retour de Joe Finger's Ledoux"". En 1993, avec son cousin Jean Charlebois, il conçoit et réalise ""Cartier"", un opéra-rock faisant appel à des artistes de diverses disciplines, diffusé sur les ondes de la radio de Radio-Canada. Comme il l'a lui-même raconté, c'est l'argent reçu pour l'utilisation de l'une de ses chansons dans une publicité de bière, qui lui a permis de fonder la microbrasserie Unibroue. Il s'attaque ainsi à un autre volet de la culture de ces contemporains: leur consommation de houblon.

Avec ses albums ""Immensément"", ""Le chanteur masqué"" et ses tournées de spectacles en cascade, il continue dans les années quatre-vingt-dix, à se partager entre le monde musical et ses activités d'affaires. Pour terminer le siècle et le millénaire en beauté, il s'attelle à une autre tâche inédite: la création et la production d'un première tragédie musicale, mise en scène par Robert Lepage et en musique par Gilles Ouellette. L'intrigue de ""Jean-sans-nom"" se situe dans le Bas-Canada en 1837 et est inspirée d'un roman méconnu de Jules Verne, Famille-sans-nom, publié en 1888.

Après avoir passé l'année 2000 en France, il revient au Québec et s'entoure d'une équipe renouvelée pour la réalisation d'un nouvel album qui marque un retour à un Charlebois plus dépouillé. Sur des sonorités country ou folk-pop, ""Doux sauvage"" est à la fois le plus intime des albums de Robert Charlebois depuis des lunes et un clin d'oeil à la nouvelle génération. ""Les Américains"", par exemple, rejoint la simplicité volontaire d'un Urbain Desbois avec sa mélodie sans mots et s'avère une des surprises dont il a toujours eu le secret. Les textes de ""Doux sauvage"" sont de lui, à l'exception de la reprise de ""Witchitai-to"", et presque toutes les mélodies sauf cette dernière qui est de Jim Pepper et ""C'était une très bonne année"" où les connaisseurs reconnaissent un des classiques de Frank Sinatra. ""Si"", ""Les ondes"" ou ""Mon meilleur ami"", celle-ci dédiée à Eddy Barclay, ont des propos autobiographiques, tandis que ""J'y arrive pas"", ""Alcool"" et ""Au lieu de travailler"" renouent avec le Garou pince-sans-rire et semblent promises à une plus large diffusion.

Ayant repris la route à la mi-octobre 2001 avec son nouvel équipage, le Charlebois nouveau se paye une véritable cure de jeunesse et, ayant tourné la page sur son aventure brassicole (la compagnie Unibroue est vendue à un concurrent en 2003), redevient un artiste de scène à temps plein. À l'automne 2005, ayant rapatrié l'essentiel des droits liés à son répertoire antérieur, il lance une compilation de ses chansons les plus marquantes en deux éditions, concentrée ou plus élaborée comme l'avait fait Michel Rivard l'année précédente, sous le titre ""Tout écartillé"", cela au moment d'entreprendre une nouvelle tournée du même nom.

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Infatiguable et increvable Robert Charlebois